La fabrique des Petits Platons

Le 11 Octobre 2010

La fabrique des Petits Platons

Socrate, Kant, Descartes, Lao-Tseu et tous les autres petits Platons ont la joie de vous faire part de la naissance de deux petits camarades, l’intempestif Marx et le doux Ricoeur, qui sont sortis jeudi dernier du ventre d’une énorme machine, après plusieurs mois de gestation ! Retour sur cette belle aventure.


Jeudi 30 septembre, sept heures du matin, Paris, porte d’Orléans ; il fait nuit, deux ombres encore endormies se glissent dans la petite voiture de Jean Paul Mongin, qui démarre et roule en direction de l’Orne. A l’arrière, la génialissime Yohanna Nguyen, graphiste de la collection, pique un petit somme bien mérité ; à l’avant, l’assistante du grand chef, Anne-Sophie Rahm, s’efforce de garder les yeux aussi grands ouverts que la chouette du philosophe Paul Ricoeur. Deux heures plus tard, la verte campagne des alentours de Montligeon, doucement illuminée par le soleil levant, accueille nos trois compagnons. La voiture se gare devant un grand bâtiment rectangulaire : l’imprimerie de la Fertoise-Montligeon...
À l’intérieur, on découvre un univers étonnant ! Il y a des palmiers, une buvette avec des petites lumières, un mur recouvert de vagues, un bureau en forme de bateau, et beaucoup de hublots : on se croirait en vacances à la plage ! Frédéric Zunino, le grand manitou de l’imprimerie, un personnage tout aussi surprenant et sympathique que son lieu de travail, vient à notre rencontre en sautillant. Nous discutons avec lui du programme de la journée autour d’une tasse de café ; ensuite, deux techniciens nous font signe de les rejoindre près des énormes machines qui servent à l’impression.


Buvette et palmiers



Un livre, cela ne s’imprime pas en une seule fois. Les livres de la collection Les petits Platons sont constitués de quatre (ou cinq) grandes feuilles d’environ 70 x 200 cm, pliées en quatre (in quarto) et découpées de manière à former des cahiers de seize pages. Aussi, on procède en imprimant des grandes feuilles, contenant chacune seize pages du livre sur leur recto, et seize autres sur leur verso.


Tiens bon la barre et tiens bon le vent, hissez haut !




À une vitesse incroyable, les feuilles vierges sont aspirées dans le ventre d’Heidelberg, « Heidi » de son petit nom, la Rolls des machines à imprimer, qui mesure bien dix mètres de long ! Cette machine est constituée de quatre blocs ; dans le premier bloc, le papier est encré avec du bleu cyan, dans le suivant, avec du rouge magenta, dans le troisième, avec du jaune, et dans le dernier, avec de l’encre noire. Dans chaque bloc, le conducteur des machines dispose des plaques d’impression, sur lesquelles les images et les textes du livre sont gravés. Par un ingénieux système, l’encre se dépose sur les plaques, qui sont ensuite pressées sur le papier. Une fois que les feuilles sont passées dans les quatre blocs, elles ressortent de la machine, où elles sont empilées automatiquement, avant d’être pliées, découpées et reliées.
Lorsque nous arrivons près des machines, le conducteur vient de terminer ses réglages, et il est prêt à lancer l’impression des couvertures des deux livres. Il attrape au vol une grande feuille légèrement cartonnée qui vient de sortir de la machine et la pose devant nous, sur un plan de travail légèrement incliné et très éclairé.


Analyse des couvertures pour le calage


Plusieurs paires d’yeux experts se penchent alors sur les couvertures, pour vérifier que les couleurs ressortent bien et que les fonds s’accordent entre eux ; lorsque ce n’est pas le cas, le conducteur des machines peut modifier la coloration en augmentant ou en diminuant l’intensité d’une des quatre couleurs. Après avoir fait ces modifications, il faut imprimer au moins une centaine de feuilles, qui finissent à la benne, avant que les nouveaux dosages d’encres se mettent bien en place ! C’est ce qu’on appelle le calage. Quand l’éditeur est content du résultat, il signe le «Bon à Rouler», qui donne au conducteur le feu vert pour lancer l’impression.


Mesure de l'intensité des couleurs (colorimétrie)


Entre chaque calage, il fallait compter une demi-heure à trois quarts d’heure, le temps que les feuilles soient imprimées et les plaques d’impression changées. Pendant que la machine roulait, Monsieur Zunino nous a fait faire le tour des installations de l’imprimerie, et nous a montré notamment une drôle de machine qui sert à plastifier les couvertures des livres ! L’impression du Fantôme de Karl Marx et du Oui de Paul Ricoeur a nécessité en tout neuf calages, cinq le matin et quatre l’après-midi. Autant dire que la joyeuse équipe ne fut pas fâchée, après le dernier calage sur le coup de six heures, de quitter les fauteuils et les palmiers de la salle d’attente pour regagner Paris.


Pas cher, mon plastique, pas cher !

 


Les heures passent...

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