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Les petits Platons vous souhaitent un très joyeux Noël !
Nous sommes heureux de partager avec vous ce superbe poème de Noël, oeuvre de l'auteur de la Visite d'un jeune libertin à Blaise Pascal, Claude-Henri Rocquet...
NOËL ET PRIÈRE D’UN VIEUX BERGER
Madame, permettez que je vous confie Ce brin de laine et que je vous prie (Dit un vieux berger à Marie) De le garder comme entre les pages d’un livre Un bleuet que longtemps on oublie, une primevère, Une herbe à la fin de l’été cueillie, La feuille d’un arbre à l’automne tombée. Mais un jour, grâce à vous, j’espère Que votre fils en Galilée Quand il annoncera la bonne nouvelle De la vie éternelle, J’espère Qu’il portera ce brin de laine Dans la trame de son vêtement. Cet homme que j’aurai vu enfant Dormant dans une crèche et puis entre vos bras Et dont je vois dans l’air froid S’élever doucement l’haleine. Cet homme, cet enfant, ce Dieu dont vous êtes la mère. Je ne serai plus sur la terre. J’aurai depuis longtemps quitté ce monde, alors, Et là-bas, tout en bas, j’attendrai qu’il me délivre Avec tous ceux qui gisent dans la mort Depuis le premier jour du temps. Mais sur la route où Jésus sème l’évangile, Ce brin sauvage de laine m’aura donné de le suivre Et de bénir son avènement. Madame, entre vos mains je dépose et je vous confie, Comme on offrirait une rose, une rose de prière, Précieusement, Pour votre fils ce flocon de laine, Lui, le berger du troupeau que nous sommes, La pauvre foule de tous les hommes, Pour qu’il le porte quand il sera grand, Et peut-être sur son épaule ou près de son cœur. Qu’il le porte jusqu’à cette heure où je vois des soldats, À Jérusalem, Tandis qu’on dresse une croix au son du tambour, Et que l’orage déjà gronde sur la ville, Jouer aux dés, tirer au sort, Dans la cour d’une caserne romaine, Sa tunique, sa pauvre tunique de laine Que vous avez tissée avec tant d’amour Que le plus rude légionnaire N’ose y porter la main pour la défaire Et la rompre en quatre lambeaux comme un butin Qu’on se partage, un héritage qu’on dilacère Et qu’on réduit à rien. Sa robe tissée avec tant d’amour Et de tendresse par sa mère Quand il partit sur les chemins Nous enseigner l’amour de Dieu et du prochain. Et voici que je pose au creux de votre main, Léger comme un souffle d’enfant, ce brin de laine Qu’une brebis offrit au vent et au buisson d’épines. Votre main qui a pris la mienne. Ô Madame sa mère, Étoile, notre Reine ! Priez pour moi, priez pour nous, à cette heure même Et plus encore à la dernière Quand l’ombre vient. Priez pour moi qui ne vois plus qu’à peine, N’y vois plus, Et qui pose en tremblant la main dans votre main Vous confiant avec mon cœur ce brin de laine Afin que d’un pauvre homme se souvienne Votre Fils, votre enfant, Jésus. Ainsi soit-il. Amen ! Amen.
Claude-Henri Rocquet
Noël 2011


